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Un matin différent

  • Photo du rédacteur: christine watlet
    christine watlet
  • 20 févr. 2024
  • 3 min de lecture

Ce matin, un rayon de soleil me réveille. Un visage souriant apparait dans l’entrebâillement de la porte : ‘Bonjour, comment allez-vous ? Vous avez bien dormi ? Vous prendrez du café ce matin ?’ J’observe les rayons du soleil qui jouent avec les nuages, le grand tilleul qui frémit sous un vent léger, les chevaux qui paissent dans la prairie et la mésange qui se pose sur mon appui de fenêtre. Peu de bruits dans le couloir, l’ascenseur est au repos, c’est jour férié, pas de séances au programme aujourd’hui. Juste la possibilité d’aller à son rythme.


Deux heures plus tard, je suis en larmes… des larmes de reconnaissances qui coulent malgré moi. Des années que je n’avais plus profité d’un bain ! Les infirmières autour de moi me prennent la main, me caressent les cheveux. Elles savent. Elles comprennent à quel point des simples choses de la vie peuvent susciter un véritable bonheur, un moment privilégié, hors du temps, où tout à coup les limites quotidiennes s’évaporent un peu, l’espace d’un moment privilégié. Après, je leur dis merci pour ce cadeau. Elles me confient combien ma joie et ma reconnaissance seront le soleil de leur journée. Elles sont tellement gentilles.


Un bain, un rayon de soleil, un oiseau ou un souffle de vent, quoi de plus habituel ? Des choses si simples qu’elles passent bien souvent pour des banalités dans l’agitation du quotidien. Et pourtant… pourtant, que serions nous sans ces choses simples ? Le bruit de la machine à café de mon voisin, l’effluve d’un parfum qui passe devant ma porte, le sourire d’un inconnu croisé dans le couloir, la douceur de cette main qui m’aide à me lever ou même le goût acre de ce comprimé avant de l’avaler. Je savais déjà la valeur de ces indispensables, ces petits moments de presque rien, où pourtant la vie est là, pleine et permanente. Je savais qu’avec le temps qui passe, les limites qui s’installent de plus en plus, les choses automatiques, banales, anonymes deviendraient mon essentiel. Depuis quelques jours, j’en suis encore plus certaine.


Ici, dans ce monde à part, rempli de ces éclopés de l’existence qui tentent de tenir le cap comme ils peuvent, je me sens chanceuse. Tellement chanceuse. Je peux respirer sans problème. Je peux rire, pleurer, parler, bouger. Je peux me mettre debout, faire quelques pas, danser avec les bras, jouer, pédaler. Je peux me laver, m’habiller, manger, me coucher et me lever et même me rendre aux toilettes toute seule. J’ai toute ma conscience, ma mémoire, ma logique. Je peux faire de l’humour et trouver des astuces lorsque mon corps me joue des tours. Je peux lire, écrire, écouter et regarder, me servir un verre d’eau si j’ai soif et même chasser la mouche qui s’acharne à venir sur mon nez. A-t-on vraiment connaissance de ces privilèges lorsqu’ils sont la normalité ? A-t-on vraiment conscience de l’importance d’être, lorsque l’avoir et le faire prennent toute la place ?


Loin de moi l’idée de faire une leçon de morale. On est tous là où on est, et on fait de son mieux avec ses moyens. Mais plus encore qu’auparavant, dans cet endroit particulier, je réalise à quel point je suis chanceuse d’avoir ce regard positif sur l’existence. J’ai le privilège de voir les sourires et de les rendre, d’accueillir les bonjours et de les exprimer de tout mon cœur, de savoir voir les être et la lumière dans les yeux, plutôt que les corps mutilés et douloureux. C’est tellement bon de voir la vie à l’œuvre dans chaque être, chaque chose et chaque instant, quelle qu’en soit la teneur.


C’est un privilège de ne pas souffrir de ce qui n’est plus possible, de ne pas avoir la nostalgie de ce qu’on n’aura jamais. Parce qu’alors, un rayon de soleil, un oiseau qui chante, un sourire chaleureux, une tasse de café ou un bain moussant deviennent des cadeaux merveilleux qui gonflent le cœur de gratitude. Au point d’en pleurer certes, mais d’en pleurer de joie !


Rédigé le 21/07/2023 en revalidation au CNRF de Fraiture en Condroz


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