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Comme une envie de mourir...

  • Photo du rédacteur: christine watlet
    christine watlet
  • 11 févr. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 févr. 2024

Parfois elle me traverse comme une fulgurance. Parfois elle me tenaille pendant plus longtemps. Certaines fois, elle m'apparaît évidente. Et d'autres elle me met au défi.


Elle, c'est cette envie d'en finir qui s'empare de moi dans les moments de désespoir. Ces moments si douloureux que rien ne semble plus avoir de sens. Ces instants où seule persiste l'envie que ça s'arrête. Ces passages où il me semble que le courage et la force ne suffiront plus.


Tout est tellement lourd et les moments de répit se font de plus en plus rares avec le temps. À un âge où, même avec certaines limites, je devrais encore pouvoir faire ce qui me tente, mon univers se rétrécit comme peau de chagrin. Fort heureusement, j'ai je crois une capacité de résilience et de positivité qui m'aident beaucoup à tenir. Mais il n'empêche, il y a des jours où je pense à tout lâcher.


La maladie est ainsi faite qu'elle s'attaque aléatoirement à de nombreuses parties du corps. lorsque le système nerveux central est atteint et que l'inflammation persiste, c'est tout l'organisme qui se déglingue. Et la vie devient un réel parcours du combattant où des surprises souvent angoissantes vous attendent à tous les détours du chemin.


Et puis il y a la douleur et la fatigue. Ces fardeaux sont souvent si lourds à porter. Et Ils occupent parfois à temps plein. Alors quand par dessus tout cela, vient se greffer un petit virus, une histoire légale à régler, un accident matériel imprévu ou encore une douleur émotionnelle, alors la coupe déborde très vite. Cette compagne de chaque jour qui me colle à la peau a le don de rendre les aléas de la vie aussi décourageants que les plus hautes montagnes qu'il me faudrait gravir.


Oui je l'avoue, parfois je baisse les bras, je ne sais plus où puiser la force et le courage de continuer. Je suis à bout, et je me dis “à quoi bon ?”. C'est vrai quoi, elles se résument à si peu les perspectives de vie quand tout se déglingue. La dépendance est toujours plus forte et le futur semble de plus en plus se résumer à quatre murs et quelques roues. Alors pourquoi tenir encore? Pour qui ? Dans quel but ?


Je sais au fond qu'il n'y a pas de réponse à ces questions . Et que même s'il y en avait, existerait il quelque chose ou quelqu'un d'assez fort pour me convaincre que la vie vaut encore le coup ? Bien sûr que non. Et heureusement, car quel fardeau ce serait pour un autre d'être ma raison de rester en vie. Il n'y a qu'en soit qu'on peut trouver la force et le courage de redémarrer. Il n'y a qu'avec soi-même qu'on peut négocier et choisir.


Je sais que je touche là à un tabou. L'envie de mourir n'est pas quelque chose qu'on évoque facilement. Et pour cause ; nous n'aimons pas penser à ça. Nous ne sommes pas à l'aise face à l'expression d'un tel souhait. Et choisir d'arrêter volontairement le cours de son existence reste encore quelque chose de très difficile à comprendre et à accepter. On voudrait savoir pourquoi, mais chacun a sa propre réponse. Épuisement, désespoir, folie, défi ou point de non retour, chacun à ses raisons de passer à l'acte. Et personne ne peut vraiment savoir.


Personnellement, je sais que si ces idées noires me submergent parfois, elles ne sont heureusement pas assez puissantes pour me donner le courage et la détermination d'aller plus loin. Tout simplement parce je suis encore suffisamment consciente pour réaliser que ce n'est pas la vie que je voudrais faire cesser. Bien sûr que non. C'est la souffrance qui est responsable de ces idées peu réjouissantes. Que notre douleur soit physique, morale, émotionnelle ou le tout à la fois, c'est cette énergie là qui nous épuise et que nous voudrions faire cesser.


Quel que soit ce qui m'attend demain, je sais qu'il y aura encore des jours clairs et d'autres sombres. Des moments où j'aurai l'envie d'avancer encore et d'autres où les obstacles seront décourageants, voire mortifères. Parce que la maladie a ceci de particulier qu'elle me fait vivre tout plus fort, plus intensément. C'est le cadeau qu'elle m'offre au quotidien. C'est aussi le fardeau qu'elle m'impose au quotidien. Et les deux sont intimement liés. Mais je sais aussi que le meilleur moyen de ne pas tomber dans le piège des idées noires, c'est de les regarder en face, de leur donner le droit d'exister et de les laisser me submerger l'espace d'un moment où de quelques heures. Personnellement, c'est ce qui me permet le mieux de ne pas rester coincée dans les moments douloureux.


Car en avoir assez, pleurer, râler et avoir envie que ça cesse, c'est profondément humain et parfaitement normal. Personne ne peut résister en permanence aux épreuves de la vie. Et même si c'est dur, avoir la capacité de regarder la tempête en face quand elle surgit est une chance qui permet de mieux la traverser. Car essayer de faire semblant que ça n'existe pas, c'est tellement lourd et usant à porter que ça ne fait qu'amplifier la difficulté.


Alors si parfois c'est idées noires vous traversent, j'espère vraiment que vous aurez la capacité de les regarder en face et de leur dire : “ OK vous avez le droit d'exister, je vous comprends et je vous accueille. Mais vous n'êtes qu'une énergie de passage, une tempête après laquelle reviendra l'éclaircie“.


Car n'oubliez jamais, après le pire des orages, il y a toujours une embellie et même parfois un arc en ciel. Et plus fort a été la force du déluge, plus lumineux sera le ciel qui s'ensuit !


Ce texte peut être reproduit à condition de l'utiliser en entier et d'indiquer son site d'origine.




1 commentaire


Marie-Agnès Potmans
Marie-Agnès Potmans
11 févr. 2024

Quelle lucidité, regarder la mort en face avec détermination demande bcp de courage, un immense courage !

Heureusement qu'il y a un arc en ciel qui nous permet de repartir encore et encore. Je te partage une brassée de courage et le sourire d'un petit tibétain. Je te serre fort dans mes bras.

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