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Et voir comme l'autre voit

  • Photo du rédacteur: christine watlet
    christine watlet
  • 13 mars 2024
  • 4 min de lecture

Hier, j'ai découvert un film extraordinaire. Extraordinaire parce que criant de vérité. Extraordinaire parce que d'un réalisme dérangeant. Extraordinaire parce que filmé comme si nous étions dans la tête du personnage principal.


The blind men who did not want to see Titanic (L'aveugle qui ne voulait pas voir Titanic) est un film finlandais multi primé qui raconte l'histoire d'un homme atteint de sclérose en plaques et devenu malvoyant. Amoureux d'une jeune femme qu'il n'a jamais rencontrée mais avec qui il parle tous les jours, il décide d'aller la retrouver lorsque celle-ci va mal. Commence alors un périple en chaise roulante qui va lui valoir bien des déboires.


C'est mon jeune ami Jocelyn qui m'a parlé de ce long métrage. Il se sentait concerné car dans la même situation que le protagoniste. Et tout au long de la projection j'ai eu la sensation, pour la première fois, d'être dans sa tête et de percevoir le monde comme lui le perçoit. Je ressentais intuitivement ce qu'il pouvait ressentir en audio visualisant cette histoire forte et violente aussi. Cela m'a profondément bousculée. Je connaissais comme lui les affres de la SEP. Mais en réalisant combien c'était plus compliqué encore pour lui, qui doit en permanence vivre dans ce flou insécurisant, je me suis sentie vraiment secouée.

Il est tellement difficile de se mettre à la place de l'autre, même quand on se sent terriblement proche de lui.


Oui je le confesse volontiers, je n'ai pas toujours compris ce qui le pousse si souvent à prendre des risques et à aller au-delà de ses limites. Je l'ai considéré parfois comme une tête brûlée, allant même jusqu'à me demander si son hyper activité ne cachait pas une fuite en avant. Mais en même temps, "tout cela est bien de son âge" se disait la femme que je suis et qui pourrait être sa mère. "Sa jeunesse et sa fougue sont somme toute bien normales. Il a besoin de profiter au maximum de tout ce qu'il peut (encore) vivre". Avec l'épée de Damoclès qui nous pend au-dessus de la tête, qui peut savoir ce que sera demain? Alors oui, même si je suis souvent inquiète pour lui, j'arrive tout de même à comprendre. Et aujourd'hui sans doute encore mieux qu'hier.


Que serais je devenue moi si en 2002, touchée par une névrite optique, je n'avais pas retrouvé la vue? Moi qui suis si visuelle, je n'ose imaginer dans quelle détresse je me serais trouvée. Et c'est pourquoi j'ai une infinie admiration pour lui, qui a réussi à positiver sa situation. Mais après avoir vu ce film, après avoir pris conscience du monde dans lequel il vit quotidiennement, je suis réellement épatée par tout ce qu'il arrive à expérimenter malgré tout. Je n'aurais probablement jamais eu sa force et sa détermination.


Il n'est jamais simple de comprendre ce que l'autre peut vivre. On perçoit le monde à travers nos filtres personnels. Notre histoire, nos croyances et nos peurs nous conditionnent pour voir les choses d'une certaine façon. Mais quand nous avons la chance de rencontrer vraiment l'autre et de lever un tout petit coin du voile de sa réalité, alors nous vivons une expérience d'une richesse infinie. Hier j'ai reçu ce cadeau. Un cadeau qui m'a profondément remuée au point d'avoir encore les larmes aux yeux en écrivant ces mots. Ce film est un véritable uppercut. Personne n'en ressort intact. C'est impossible. Non seulement parce qu'il est vrai mais surtout parce qu'il fait réaliser combien la vie peut être cruelle pour certains. Et combien il faut avoir la foi en elle pour faire face et continuer malgré tout.


Le héros du film a réussi à surmonter ses limites et les dangers qui l'on menacé, par amour pour une femme qu'il n'avait jamais rencontrée. L'amour donne des ailes. L'amour de l'autre. Mais aussi et surtout l'amour de la vie. Mon ami me disait encore il y a peu, combien la vie peut être belle malgré sa dureté et son injustice. Hier en visionnant les images floues qu'il perçoit, j'ai vraiment compris la chance que j'ai de l'avoir rencontré. Et, oserais je le dire, la chance que sont le handicap ou la différence quelle qu'elle soit.


La différence est finalement une richesse qui, certes, nous fragilise, mais qui peut aussi nous rendre plus fort et surtout plus attentif. Elle nous permet de développer une forme d'empathie qui nous fait sortir des sentiers battus de la 'normalité' pour découvrir la vie sous un autre angle et la réinventer sans arrêt. C'est un chemin qui s'explore par la curiosité, le non jugement et l'ouverture d'esprit. Et quand on réussit à emprunter cette voie, certes escarpée, on y croise des êtres lumineux qui nous changent la vie. Alors demain, quand j'aurai tendance à râler lorsque les choses me sembleront un peu trop compliquées et injustes, je penserai encore un peu plus à ce merveilleux ami qui éclaire mon existence. Je penserai fort à son amour de la vie et à son courage. Je penserai à la chance que j'ai de pouvoir encore voir le monde en détail, avec netteté. Et je me sentirai chanceuse malgré tout.


Et à vous qui me lisez, je souhaite de tout cœur de rencontrer un Jocelyn sur votre route. Un être différent, d'une beauté et d'une richesse telles que votre vie s'en trouve bousculée. C'est vraiment la plus belle chose que je vous souhaite !


Texte rédigé le 10 novembre 2023.

Ce texte peut être reproduit à condition de l'utiliser en entier et d'indiquer son site d'origine.


Visage d'homme dans la brume

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