Bonne année ? Bonne santé ?
- christine watlet

- 2 janv. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 janv. 2024
Bonne année, bonne santé, meilleurs vœux. Voilà la rengaine du jour. Et oui, nous sommes le premier janvier. C'est le jour des souhaits, des rêves et des vœux en tout genre. Et les rituels humains ont la vie dure. Même si ça ne marche jamais, on recommence. Même si on n'y croit guère, on tente quand même. C'est typiquement humain en fait de faire toujours la même chose pour obtenir le même résultat. La tradition quoi !
Vous me trouvez un peu sarcastique ? Rassurez vous, moi aussi je souscris à l'habitude. Après tout, l'intention est bonne et ne fait aucun mal. C'est juste que ce matin, j’avais bien envie d'aller voir un peu plus loin que la simple tradition des souhaits habituels. C'est vrai quoi, c'est quoi une bonne année ? C'est quoi une bonne santé ? C'est quoi le meilleur pour chacun d'entre vous ? On doit tous avoir notre propre idée de la question !
Personnellement, par le biais de la maladie, la vie m'a appris à relativiser le bon, le beau et le meilleur. Bien sûr on rêverait tous d'une vie idéale où le beau, le bon et le meilleur serait la règle. Une existence sans embûches , sans défis, sans échecs. Une vie paisible, facile, où tout roule quoi. Une vie où toutes les envies se réalisent. Sauf que, il y a un mais… Et même si j'aimerais effacer le 8 mai du calendrier (petit jeu de mots personnel), il faut bien reconnaître qu'il a toute sa réalité. Rien n'est jamais lisse, simple et évident à perpétuité. Même pas une heure, même pas une journée, alors une année, c'est sûr, j'arrête de rêver !
Et puis, même si c'est le jour des bonnes intentions, soyons réalistes. Nous sommes en marche dans un périple où règne en permanence la dualité. Pas de bon sans mauvais. Pas de beau sans laid. Pas de meilleur sans pire. C'est la réalité de notre expérience terrestre. Les deux revers de la médaille sont intimement soudés. Et nous ne pouvons avoir l'un sans l'autre. C'est ainsi. Mais ce n'est pas non plus une fatalité.
La maladie m'a permis d'apprendre à relativiser. Tout passe, tout est éphémère. Tout n'a qu'un temps. C'est étrange d'affirmer cela en étant atteinte d'une maladie incurable, qui ne cessera jamais. C'est assez paradoxal. Et pourtant… elle aussi passera, le jour où moi je passerai. Même les choses qui semblent immuables changent et passent. Les rochers, les montagnes, les planètes sont éphémères. Tout comme les insectes, les microbes et les cellules. Tout comme les pensées, les émotions et les sentiments. C'est juste que chacun a son rythme, sa propre relativité. Et nous, en tant qu'êtres humains nous avons le privilège - ou parfois l'obligation- de choisir le nôtre.
Personnellement, la vie m'oblige à choisir le rythme de l'instant présent. Le plus petit qui soit. Car la maladie qui évolue en permanence ne me permet guère de voir plus loin. Si déjà en étant en bonne santé il est difficile de savoir ce que sera demain, la semaine ou l'année prochaine, c'est encore plus compliqué avec cette épée de Damoclès perpétuellement pendue au-dessus de la tête. Quand la moindre chute, le moindre virus ou la plus petite perte de contrôle peut devenir une mini catastrophe, on relativise. Quand les événements de la vie les plus classiques peuvent se transformer en montagne épuisante, on adapte ses rêves.
Bref, tout cela pour vous dire que tous ces vœux pieux, aussi pleins de bonnes intentions soient ils, ne sont que de jolies formules un peu creuses. On rêvasse un peu, l'espace de quelques jours. On s'offre le luxe de croire au meilleur, même si au fond, on sait bien que c'est un leurre. Il y aura du bon, du beau et du meilleur, c'est certain. Mais il y aura aussi du mauvais, du moche et du pire.
Alors une bonne année pour moi, ça sera avant tout une année où j'aurai su positiver au maximum les moments agréables et accueillir avec bienveillance les plus difficiles. Une bonne santé, ce sera sans doute une santé qui me permettra encore de faire des choses que j'aime, même petites, sans trop regarder en arrière ce que je ne sais plus faire. Quant à savoir ce que pourrait être une meilleure année, je n'en ai aucune idée. Encore faudrait il que celle qui vient de passer ait été totalement pourrie. Et même s'il y a eu des choses difficiles et douloureuses, c'est bien loin d'être le cas. Il y a eu des cadeaux magnifiques aussi. Bon c'est vrai, j'ai sans doute cette chance d'avoir ce que j'appelle ‘une mémoire à sélection positive ‘. Mais cela n'a pas toujours été le cas, loin de là. Il m'a fallu apprendre. Et croyez le, elle n'est pas déficiente, loin de là. Mais quand la vie vous confronte à l'inéluctable, on n'a pas trop de choix. Où on fait avec, où on s'arrête là
Alors si ici et maintenant, je devais souscrire à la tradition des vœux de l'an neuf, je vous dirais sans doute que je vous souhaite de savoir rester en équilibre sur la tranche de la pièce. Et d'y savourer pleinement les moments confortables tout en sachant qu'ils seront éphémères. Et d'y accueillir les temps d'inconfort tout en oubliant pas qu'eux aussi passeront. Et j'ajouterais sans doute aussi que je vous souhaite d’avoir la capacité de vivre pleinement les choses comme elles sont ici et maintenant, sans aspirer sans cesse à mieux ou à différent. Car je crois sincèrement que, même si cela permet les changements, c'est ce besoin humain que les choses soient autres qui nous fait souhaiter que les années à venir soient meilleures que les passées. Donc, je ne vous souhaite pas une bonne année, non. Je ne vous souhaite pas non plus une bonne santé. Je vous souhaite une infinité d'instants pleinement vécus, qui mis bout à bout, vous composent les plus vivants 365 jours qui soient, et au-delà.
Ce texte peut être reproduit à condition de l'utiliser en entier et d'indiquer son site d'origine.




Commentaires