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Blanc...

  • Photo du rédacteur: christine watlet
    christine watlet
  • 19 janv. 2024
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 janv. 2024

Ce matin tout est blanc.

Blanc du paysage couvert de neige.

Blanc du ciel bouché au travers duquel ne perce aucune couleur.

Blanc du silence qui règne alentour.

Blanc pureté,

Blanc mystère.

Blanc infini.

Blanc de l'invisible.

Blanc de l'âme.


Dans ce manteau uniforme, sous cette couche ouatée, le cœur de l'homme s'est endormi. Allongé sous la terre gelée, son corps ne ressent plus le froid. Il s'est déposé là, dépouille vide, rattrapée par la mort. Son âme s'est envolée, colombe blanche happée par ce manteau de brume. Il est parti sans bruit, une nuit de printemps. Endormi calmement. Envolé vers ce monde de mystère et de doute. Conscience engloutie par ce monstre infini qu'on appelle ‘l'au-delà’. C'est son premier hiver avec un blanc manteau.


Oserais je en parler de ce sujet tabou, de ce troublant mystère qu'on dit être la fin? Est-ce réellement une fin ou plutôt un début ? Personne ne le sait et les avis divergent. Chacun se réconforte de sa propre croyance. Chacun fait taire sa peur avec sa propre histoire. Car ce grand inconnu n'a rien de rassurant et comme tous les mystères, il s'habille de fantasmes. Est-il si fou de croire que quelque chose existe ? Est-il possible que ce qui ressemble à une fin soit en fait juste une autre naissance ?


Blanc de l'uniforme des infirmières.

Blanc des murs de la chambre.

Blanc des cheveux du médecin.

Blanc des draps du lit où le corps est inerte.

Blanc comme la pâleur de sa peau.

Blanc comme le plafond d'où la conscience regarde.

Blanc comme cette aveuglante lumière qui appelle au-delà.


Je contemple ce corps allongé sur le lit. Ses yeux clos, ses cheveux en bataille, ses bras couverts d'hématomes et reliés à quelques perfusions. Je contemple ce corps que je ne connais pas. Je sais bien que c'est moi mais je ne me reconnais plus. Comment suis-je arrivée là, quelques mètres au-dessus de moi ? Comment me suis-je retrouvée dans ce coin de plafond d'où je contemple cette enveloppe en souffrance ? Je n'en ai pas la moindre idée. Je sais juste que ce corps je ne l'aime pas. Je sais juste que je suis là haut, et que j'y suis bien.


Comme titrait un livre, 'J'ai 15 ans, et je ne veux pas mourir'* . Ou peut-être que si. Il y a tant de douleurs dans ce corps qui repose là, en bas. Il y a tant de choses qu'il ne supporte pas et contre lequel il lutte. Toutes ces piqûres, ces ponctions, ces examens, ces invasions. Tous ces viols de son intimité, juste pour le sauver. En vaut-il vraiment la peine ? En tout cas, moi je ne veux pas vivre tout ça. Et cette douleur lancinante qui m'a vrillé le crâne. Je ne sais pas comment, mais j'ai préféré sortir. Là où je suis, je suis tellement bien. Douceur, chaleur, sérénité, confiance. J'ai juste envie de me laisser aller, de me laisser entraîner plus loin vers cette immensité blanche et si apaisante. Mais quelque chose continue à me relier à ce corps qui m'empêche de me lancer à travers le plafond.


Aujourd'hui, j'ai voyagé dans le blanc.

Le blanc des rêveries.

Le blanc des souvenirs.

Le blanc de l'invisible.

Le blanc de l'incertitude.

Le blanc imaginaire.

Le blanc de la confiance.

Le blanc tout simplement.


Le soleil a percé la couche laiteuse et donne au blanc manteau un éclat de diamants. La lumière ranime peu à peu les couleurs épargnées par le blanc. Un peu de bleu, quelques touches de gris, du vert, et une douce rêverie qui emmène au pays d'outre-tombe. Est-ce vraiment la mort qui fait peur ? Ou n'est-ce pas plutôt son aspect mystérieux, tellement loin du connu ? Est-il si étrange de s'y intéresser et d'avoir envie d'en parler ? Je ne sais pas. Mais je crois bien que c'est heureux. Apprivoiser la mort c'est accueillir le doute. C'est accepter de ne pas savoir et s'en trouver à l'aise.


Aujourd'hui j'ai contemplé le blanc, j'ai écouté son silence, j'ai ressenti sa paix, et je l'ai trouvé beau.


*Titre emprunté au roman de Christine Arnothy paru en 1955


Ce texte peut être reproduit à condition de l'utiliser en entier et d'indiquer son site d'origine.





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